11.6.06

SANS ABRI

Tu croises un jour, miette d’âme sœur, / Nos pas éreinté de labeur, / Les regards fuient, tombent les cœurs, / Tu es le miroir de nos peurs. / La face à terre, le jour sans heure, / Tu te demandes qui est humain. / Et passe et que rôde le mal-aimé, / Sur le trottoir de notre monde. / Et passe et que rôde le mal rasé, / Seul le soleil n’est pas immonde. / Tu as perdu sur le chemin, / Tout le fruité de ton grand vin. / Et c’est vinaigre que devin, / Le peu de vie de ton destin. / Puis ta bouteille s’est brisée, / Et tu traînes ces débris de toi. / Et passe et que rôde le malheureux, / Sur le trottoir de nos déroutes. / Et passe et que rôde le malchanceux, / Seul le soleil décore sa voûte. / Tu as au coin de ton œil droit, / Une larme noircie d’autrefois, / Car la tendresse vibrait en toi, / Ton cœur dansait, riait parfois. / Ces toiles passées bravent le froid, / Mais craquent, un jour, leurs vernies. / Et passe et que rôde le vieux garçon, / Sur le trottoir de nos cités. / Et passe et que rôde le vagabond, / Seul le soleil réchauffe ses pieds. / Tu traînes ton ombre décrépie, / Par les boulevards, sans répits. / L’âme voûté, la peau noircie, / Tu ne baignes plus qu’à la pluie. / Depuis tant d’années sans-abri, / Tu ne sais plus voir ta beauté. / Et passe et que rôde le déshonneur, / Sur le trottoir ou sur les quais. / Et passe et que rôde le crève-cœur, / Seul le soleil admire ses traits. / Tu t’étales sur un banc d’acier, / La rue sera ta voie lactée, / L’alcool ta chaleur anisée, / Les passants ton cinéma muet. / Tu t’endors là, sans y penser, / La mort attend à ton chevet. / Et passe et que rôde le sans-abri, / Sur le trottoir finissent ses pleures. / Et passe et que rôde le sans ami, / Seul le soleil voit qu’il se meurt.
(Novembre 1999)

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