J’aurais préféré dessiner des paupières / Non fardées de noirceur, non striées de colère / Des regards non tranchés de persiennes guerrières / Mais ma plume est saignée de croquis d’ordinaires / Mon pinceau perd ses cils sous le sel des crimes / Sous les mitrailles ardentes sous les cris de l’abîme / Et mon âme grimace à en courber des spleens / Sur les pochoirs candides que ma plume décline / Je n’ai plus assez de ciel, D’aurore teintée de pastel / Pour faire naître des étoiles, sur l’innocence d’une toile / Si ses maux n’entaillaient la peau de mes artères / J’aurais sans nul doute émaillé de couleurs / La peau, des chevalets, étendu de bon coeur / Sous la caresse avide d’un fuseau sans prière / Mais je porte les deuils, les misères et les drames / Floraison de poussières, de chrysanthèmes en flamme / Mes peintures sont des hordes de damnés imparfaits / Tout ce qui me reste d’écume des impairs faits / Je n’ai plus assez de ciel, D’aurore teintée de pastel / Pour faire naître des étoiles, sur l’innocence d’une toile / J’ai bien tenté parfois me dégorgeant le cœur / L’esquisse boréale, l’onde nacrée de fleurs / La vénus impudique, la matin chahuteur / Tronquant le goût du sang d’acidule flaveur / Mais toujours les corbeaux ont jailli de ma plume / Coassant de plus belle sur l’étendu d’écume / Déchirant les parterres, endeuillant les matins / A coup de chant barbare, spallation et venin / Je n’ai plus assez de ciel, D’aurore teintée de pastel / Pour faire naître des étoiles, sur l’innocence d’une toile / J’aurais préféré dessiner des paupières / Non fardées de noirceur, non striées de colère / Des regards non tranchés de persiennes guerrières / Mais ma plume est saignée de croquis d’ordinaires
(Mai 2004)
(Mai 2004)
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