11.6.06

LE DIABOLO ENSORCELE

Elle buvait un diabol’ au bar / Elle n’avait pas l’air de me voir / Plongé dans son vert breuvage. / Elle versait quelques maux à part / Au fond de son verre troublé / Quelques maux d’une vieille histoire. / Moi je la regardais pencher / Tout près à me jeter à l’eau / Dès que son œil s’épancherait / Le cœur plein de mots d’amours / De mots pour rire jusqu’au jour / Diluant l’acre du sirop / J’ai voulu lire les versets / Que sa lèvre amère versait / Mais elle conversait sans mot / Alors je l’ai accompagné / Dans se silence mentholé / Nouant mes regards à sa peine / Oh que nous avons siroté / De lacrymale souvenir / Dans le miroir diabolo / Que nous avons entortillé / De paille de si et de pourtant / Dans la lie vert d’un diabolo / L’ombre des houles trépassées / Traçait son onde agitée / A chaque syncope du poignet / Et se dessinaient les contours / D’un amant loin, d’un frère mort / D’une fracture de désamour / Mes yeux peu à peu se brumaient / S’imbibant de ses mélopées / Que noyaient cette jeune belle / Doucement s’apaisait son air / A chaque gorgé de sirop / Quand de larmes je me saoulais / Et j’ai bu toutes ses misères / Toutes la lie du vert breuvage / A diabolosé ma pupille / Elle ne m’a pas regardé / Le verre fini elle disparu / Un sourire sa lèvre fendue / Maintenant je suis face au verre / A sa place je suis assis / Au coin du bar des bannis / Attendant qu’un autre s’en viennent / S’abreuver d’un œil affecté / Du diabolo ensorcelé
(Novembre 2004)

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